
Le lien entre migraine, mâchoire et douleur et raideur cervicale
Mâchoire, migraine et douleurs cervicales : et si tout était lié ?
Vous souffrez de migraines récurrentes, de douleurs dans le cou, et parfois de tensions dans la mâchoire ? Ces problèmes sont peut-être beaucoup plus liés entre eux que vous ne le pensez. Une étude publiée en 2020 dans la revue Archives of Oral Biology apporte un éclairage fascinant sur les liens entre les troubles temporo-mandibulaires (TTM) parfois appelé SADAM, la migraine, les douleurs cervicales et la posture de la tête. Ses conclusions peuvent changer la façon dont on comprend — et dont on soigne — ces douleurs chroniques.
C’est un sujet dont j’ai déjà parlé dans un article concernant les troubles de la mâchoire et les maux de tête chez les adolescents, et migraine et l’articulation temporo-manidulaire. C’est d’ailleurs pour cela que le protocole de soins dans notre cabinet; que ce soit pour les migraines ou les douleurs cervicales ou les problèmes de mâchoire; passe par un examen détaillé de la colonne cervicale, de l’articulation Temporomandibular-mandibulaire et du système nerveux ainsi que des soins appropriés pour libérer les tensions et stimuler et renforcer les nerfs et les muscles associés.
En résumé :
L’étude du Dr Kang (2020) porte sur 187 patients traités pendant 6 mois pour des troubles de l’articulation temporo-mandibulaire, avec un suivi des migraines, des douleurs cervicales et de la posture cervicale.
- SADAM, migraine et douleurs cervicales sont étroitement liés par des mécanismes nerveux communs (nerf trijumeau, sensibilisation centrale).
- La posture de la tête en avant (raideur cervicale) est un facteur aggravant à corriger dans tous les cas.
- Les points gâchette musculaires cervicaux jouent un rôle central dans l’entretien des douleurs et doivent être traités.
- La prise en charge d’une migraine nécessite un travail coordonné sur l’articulation de la mâchoire, de la raideur cervicale et des contractions musculaires qui font partie de notre protocole pour les patients migraineux.
Qu’est-ce qu’un trouble temporo-mandibulaire ?
L’articulation temporo-mandibulaire (ATM), c’est l’articulation de votre mâchoire — celle que vous utilisez pour mâcher, parler, bâiller. Un trouble temporo-mandibulaire (parfois appelé SADAM) désigne toute dysfonction touchant cette articulation ou les muscles masticateurs qui l’entourent.
Les symptômes sont variés : douleurs à la mâchoire, claquement ou craquement à l’ouverture de la bouche, blocage, difficulté à ouvrir grand la bouche, douleurs à l’oreille, aux tempes… Mais ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que les SADAM sont fréquemment associés à des migraines, à des douleurs cervicales et à une mauvaise posture de la tête. Ce lien est au cœur de l’étude que nous allons vous présenter.
L’étude : 187 patients, 6 mois de traitement, des résultats révélateurs
Le Dr Kang, de l’Université de médecine d’Ajou en Corée, a conduit une étude rétrospective sur 187 patients tous pris en charge dans une clinique spécialisée en douleurs orofaciales. L’objectif était de comprendre comment le traitement des TTM agit sur ses complications associées — notamment la migraine et les dysfonctions cervicales — selon l’ordre d’apparition de ces pathologies.
Tous les patients ont été diagnostiqués selon des critères internationaux rigoureux. La posture de la tête et du cou a été évaluée par radiographie (céphalo latérale). Les points gâchette myofasciaux — zones musculaires douloureuses à la pression — ont été recensés dans six muscles : deux muscles masticateurs (temporal et masséter) et quatre muscles cervicaux (trapèze, sterno-cléido-mastoïdien, sous-occipitaux, splénius de la tête).
Tous les patients ont bénéficié pendant 6 mois d’une combinaison de deux approches :
– Une gouttière de stabilisation occlusale (une plaque portée en bouche, généralement la nuit, pour décompresser l’articulation de la mâchoire).
– Une thérapie physique ciblant les muscles masticateurs et cervicaux.
L’étude a montré que chez des patients migraineux chez qui les douleurs de la mâchoire précédaient les douleurs migraineuses, le fait de corriger ou traiter la mâchoire amélioraient nettement les douleurs orofaciales et les caractéristiques de leur migraine (intensité, durée, fréquence des crises) qui ont progressé favorablement.
Pourquoi la mâchoire, le cou et la migraine sont-ils si intimement liés ?
Ce lien entre ATM, cervicales et migraine n’est pas le fruit du hasard. Il s’explique par une connexion neurologique profonde.
Le rôle clé du nerf trijumeau
Le nerf trijumeau est le grand nerf de la face. Il innerve la mâchoire, les muscles masticateurs, les tempes, et une grande partie du crâne. Il partage un relais commun dans le tronc cérébral avec les nerfs cervicaux (qui innervent le cou). Cette zone de convergence s’appelle le noyau trigémino-cervical.
Concrètement, cela signifie que des douleurs venant de la mâchoire et des douleurs venant du cou arrivent au même endroit dans le cerveau. Résultat : une tension dans les muscles masticateurs peut « déborder » et provoquer des douleurs cervicales et des maux de tête — et inversement.
La sensibilisation centrale : quand le système nerveux s’emballe
Quand la douleur devient chronique, le système nerveux peut se retrouver dans un état de sensibilisation centrale : il devient hypersensible, amplifiant les signaux douloureux bien au-delà de leur cause initiale. C’est ce qui explique que de nombreux patients souffrant à la fois de migraine et de SADAM ressentent des douleurs diffuses, difficiles à localiser précisément.
La posture de la tête « en avant » : un facteur aggravant
L’étude a aussi mesuré la posture de la tête par radiographie. Elle confirme que les patients souffrant à la fois de SADAM et de migraine présentent plus souvent une posture de la tête en avant (une hypolordose cervicale ou raideur cervicale) — cette position où la tête est projetée devant l’axe des épaules, très répandue avec l’usage des écrans.
Cette posture crée une surcharge sur les muscles cervicaux postérieurs, aggrave les points gâchette, augmente la pression sur les articulations vertébrales cervicales et renforce les tensions à la base du crâne — autant de facteurs qui alimentent la migraine et les douleurs de mâchoire. Un cercle vicieux difficile à briser.
Les points gâchette : des nœuds de douleur à traiter
L’étude évalue les points gâchette myofasciaux dans six muscles clés. Ces points gâchette sont des zones musculaires contractées, douloureuses à la pression, pouvant irradier la douleur vers d’autres zones du corps.
Chez les patients avec migraine et SADAM, les muscles cervicaux (notamment le trapèze et le sterno-cléido-mastoïdien) présentent davantage de points gâchette actifs, et leur intensité est plus élevée. Ces points gâchette cervicaux peuvent eux-mêmes déclencher des douleurs projetées vers la tête, mimant ou aggravant la migraine.
La thérapie physique manuelle dans le traitement de l’étude vise notamment à désactiver ces points gâchette et à rééduquer la posture.
Données conformes aux autres études
Comme je l’ai souligné plus haut, cette étude confirme d’autres études qui ont aussi observé le lien entre les troubles de la mâchoire, la raideur cervicale (ou la posture de la tête en avant) et les migraines. On peut citer une étude de la même année pare dans le journal Diagnostics qui concluait aussi au lien entre troubles de la mâchoire et la migraine (référence en bas de la page)
Ce que cela signifie pour la prise en charge des migraines
Une approche globale est indispensable
Cette étude illustre pourquoi une prise en charge fragmentée — traiter uniquement les maux de tête chez le médecin, ou uniquement la mâchoire, ou uniquement le cou — est souvent insuffisante. Mâchoire, cou et migraine forment un système interconnecté qui nécessite une vision globale.
Le chiropracteur, formé à l’analyse du système neuro-musculo-squelettique dans son ensemble, est particulièrement bien placé pour évaluer ces interactions. Il peut identifier les dysfonctions cervicales et crâniennes associées aux SADAM, travailler sur les points gâchette, corriger les déséquilibres posturaux, et orienter vers les autres spécialistes (médecin, dentiste spécialisé en ATM) lorsque cela est nécessaire.
Si vous souffrez de maux de tête récurrents, de tensions dans la mâchoire ou d’une combinaison de ces symptômes, n’hésitez pas à consulter pour un bilan complet. Une évaluation chiropratique incluant l’analyse de votre posture, de votre mobilité cervicale et des tensions musculaires peut constituer une première étape précieuse vers une prise en charge adaptée.
*Les informations de cet article sont à titre éducatif et informatif. Elles ne remplacent pas l’avis de votre chiropracteur, médecin ou dentiste.
Références : Kang J.H. « Effects on migraine, neck pain, and head and neck posture, of temporomandibular disorder treatment: Study of a retrospective cohort. » Archives of Oral Biology, vol. 114, juin 2020. DOI: 10.1016/j.archoralbio.2020.104718.
Byun SH, Min C, Yoo DM, Yang BE, Choi HG. Increased Risk of Migraine in Patients with Temporomandibular Disorder: A Longitudinal Follow-Up Study Using a National Health Screening Cohort. Diagnostics (Basel). 2020 Sep 20;10(9):724.
Yakkaphan P, Elias LA, Ravindranath PT, Renton T. Is painful temporomandibular disorder a real headache for many patients? Br Dent J. 2024 Mar;236(6):475-482.
Watemberg N, Matar M, Har-Gil M, Mahajnah M. The influence of excessive chewing gum use on headache frequency and severity among adolescents. Pediatr Neurol. 2014 Jan;50(1):69-72.
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