Les migraines chez les enfants et adolescents peuvent être liées à des problèmes cervicaux

Migraines et problème cervical chez les enfants et adolescents

Migraine et cervicales chez les enfants : quel est le lien ? Ce que révèle une étude scientifique récente

En bref : une étude publiée en octobre 2025 dans la revue scientifique Cephalalgia montre que les enfants et les adolescents souffrant de migraine ont beaucoup plus souvent mal au cou, ont un cou moins mobile et des muscles cervicaux plus sensibles que les jeunes sans migraine. Ce travail confirme, chez les plus jeunes, ce que l’on savait déjà chez l’adulte : les problèmes cervicaux et les migraines sont étroitement liés.

Points essentiels à retenir

  • Les enfants migraineux ont presque 7 fois plus souvent mal au cou que les enfants sans migraine (39 % contre 6 %), et cette douleur dure plus longtemps.
  • Leur cou est moins souple, surtout en inclinaison latérale et au niveau de la jonction tête-cou (haut de la colonne cervicale).
  • Leurs muscles cervicaux et des épaules sont anormalement sensibles à la pression, signe d’une hypersensibilité à la douleur.
  • Ce lien s’explique par le partage des voies nerveuses entre la tête et le haut du cou dans le cerveau.
  • Ces résultats appellent à inclure systématiquement un bilan cervical dans le suivi des enfants migraineux, en complément du traitement médical classique.
Migraine et problème cervicale chez enfants et adolescents

Je vois régulièrement; pour ne pas dire de plus en plus; des jeunes souffrant de céphalées et migraines. Et effectivement la grande majorité de ces migraines sont liées à des problèmes cervicaux. Pour résumer, les blocages et irritations nerveuses au niveau cervical provoquent une hypersensibilité du système nerveux en général et notamment du noyau du nerf trijumeau qui provoque les douleurs et les symptômes dont parlent les patients migraineux. Et ce n’est qu’en faisant un travail de réhabilitation au niveau cervicale accompagné de la neurotimulation qu’on arrive à diminuer la fréquence et l’intensité de ces migraines !

Pourquoi s’intéresser au lien entre cou et migraine ?

La migraine est l’un des maux de tête les plus fréquents chez les enfants et les adolescents. Dans le monde, environ 8 jeunes de moins de 20 ans sur 100 en souffrent, et ce taux grimpe à 15 % au Brésil, où l’étude a été menée. La migraine pèse lourd sur le quotidien : elle perturbe l’école, les loisirs et la vie de famille.

Chez l’adulte, les chercheurs savent depuis longtemps que la migraine s’accompagne souvent de douleurs cervicales et de raideurs dans le cou. Mais qu’en est-il chez l’enfant ? Jusqu’à présent, très peu d’études s’étaient penchées sérieusement sur la question. C’est ce manque que cette nouvelle recherche vient combler.

L’étude sur le lien entre migraines et problèmes cervicaux

Des chercheurs de l’université de São Paulo, au Brésil, ont comparé deux groupes d’enfants et d’adolescents âgés de 6 à 16 ans : 51 jeunes souffrant de migraine, suivis dans un hôpital, et 51 jeunes en bonne santé, sans aucun mal de tête, recrutés dans une école publique.

Pour chaque participant, les chercheurs ont mesuré plusieurs éléments liés au cou :

  • la présence, la fréquence, l’intensité et la durée des douleurs cervicales ressenties ;
  • l’amplitude des mouvements du cou (capacité à pencher la tête en avant, en arrière, sur les côtés et à la tourner) ;
  • la mobilité de la partie haute du cou, juste sous le crâne, grâce à un test spécifique appelé « test de flexion-rotation » ;
  • la sensibilité à la douleur dans cinq muscles du cou et des épaules, à l’aide d’un appareil qui mesure la pression nécessaire pour déclencher une gêne.

Toutes ces mesures ont été réalisées par un même kinésithérapeute formé, avec des outils dont la fiabilité a déjà été validée chez l’enfant.

Les enfants migraineux ont beaucoup plus mal au cou

Le résultat le plus frappant concerne la douleur cervicale elle-même. Parmi les enfants migraineux, 39 % ont déclaré souffrir du cou, contre seulement 6 % dans le groupe sans migraine. C’est une différence très importante, presque sept fois plus fréquente.

La durée de cette douleur cervicale était aussi plus longue chez les enfants migraineux : en moyenne 19 heures, contre 8 heures chez les autres. Autrement dit, quand un enfant migraineux a mal au cou, cette douleur dure presque toute une journée, et parfois bien plus.

Ce chiffre est cohérent avec d’autres recherches menées sur des adolescents, qui avaient déjà observé qu’environ 38 % des jeunes migraineux signalaient des douleurs au cou. Certaines études montrent même que le risque de souffrir du cou est multiplié par sept chez les enfants ayant une migraine chronique, c’est-à-dire des maux de tête très fréquents.

Pour resituer ce chiffre, on sait que les douleurs cervicales sont assez courantes chez les enfants en général, souvent liées à la posture, au poids du cartable ou à la position devant les écrans : environ un tiers des jeunes en souffrent à un moment ou un autre. Mais dans cette étude, seuls 6 % des enfants sans migraine étaient concernés, ce qui est beaucoup plus bas que la moyenne attendue. Cela renforce l’idée que la douleur cervicale chez les enfants migraineux n’est pas un simple hasard, mais qu’elle est vraiment liée à la migraine elle-même.

Un cou moins souple chez les enfants qui ont des migraines

Au-delà de la douleur ressentie, les chercheurs ont aussi mesuré objectivement la souplesse du cou. Deux résultats ressortent clairement :

D’abord, la capacité à pencher la tête sur le côté (l’inclinaison latérale) était réduite chez les enfants migraineux par rapport aux enfants en bonne santé.

Ensuite, et c’est une découverte importante de cette étude, la mobilité de la partie haute de la colonne cervicale, juste à la jonction entre la tête et le cou (au niveau des deux premières vertèbres cervicales), était elle aussi nettement diminuée. C’est la toute première fois que ce test précis, le test de flexion-rotation, est utilisé pour évaluer cette zone chez des enfants migraineux.

Cette zone du haut du cou n’est pas choisie au hasard. C’est précisément à cet endroit que partent les nerfs cervicaux supérieurs, qui transmettent des informations de douleur vers une structure du tronc cérébral appelée le complexe trigemino-cervical.

NDLR : C’est aussi la région que nous ciblons au cabineten priorité lorsqu’ils traitent des migraineux adultes par thérapie manuelle.

Il est intéressant de noter que, normalement, le cou des enfants est naturellement plus souple que celui des adultes, car leur colonne vertébrale est encore en croissance. On aurait donc pu s’attendre à ce que les raideurs liées à la migraine soient moins visibles chez les plus jeunes. Le fait qu’elles soient malgré tout détectées suggère que les troubles cervicaux liés à la migraine apparaissent très tôt dans la vie, parfois dès l’enfance.

Des muscles du cou anormalement sensibles à la douleur

Le troisième résultat majeur de l’étude concerne la sensibilité musculaire. Les chercheurs ont testé cinq muscles : le sterno-cléido-mastoïdien, le releveur de la scapula, les muscles sous-occipitaux (à la base du crâne), le trapèze supérieur et le scalène antérieur.

Pour tous ces muscles, sans exception, les enfants migraineux ressentaient une gêne avec une pression beaucoup plus faible que les enfants sans migraine. Cela signifie que leurs muscles cervicaux sont, en quelque sorte, hypersensibles : une pression légère, qui ne dérangerait pas un enfant en bonne santé, devient désagréable, voire douloureuse, chez l’enfant migraineux.

Cette hypersensibilité touchait aussi bien le cou que les épaules, ce qui rejoint des observations faites chez l’adulte migraineux, chez qui la sensibilité accrue à la douleur ne se limite d’ailleurs pas toujours au cou : elle peut s’étendre à d’autres zones du corps, loin de la tête.

Pourquoi les problèmes cervicaux et la migraine sont-ils liés ?

Ce lien entre cou et migraine s’explique par la façon dont le cerveau traite les signaux de douleur venant de la tête et du cou. Les nerfs sensitifs du visage (portés par le nerf trijumeau) et les nerfs sensitifs du haut du cou se rejoignent dans une même zone du tronc cérébral, le fameux complexe trigemino-cervical. Concrètement, cela veut dire que le cerveau peut « confondre » les douleurs venant du cou avec celles venant de la tête, et inversement.

Chez une personne migraineuse, ce système devient hyperexcitable : c’est ce qu’on appelle la sensibilisation centrale. Résultat, les informations provenant du cou peuvent alimenter les crises de migraine, et les crises de migraine peuvent en retour rendre le cou plus douloureux et plus sensible. C’est un cercle qui s’entretient lui-même.

Ce que cela change concrètement pour les enfants migraineux

Ces résultats ont une portée pratique importante. Ils suggèrent que l’examen d’un enfant migraineux ne devrait pas se limiter à la tête : il devrait aussi inclure un bilan du cou, avec une évaluation de la douleur cervicale, de la mobilité et de la sensibilité musculaire.

Repérer tôt ces troubles cervicaux pourrait donc, à l’avenir, aider à mieux prendre en charge la migraine pédiatrique, voire à freiner son évolution vers une forme chronique, plus difficile à traiter.

NDLR : C’est exactement pour cette raison que la prise en charge des patients migraineux dans notre cabinet; que ce soit pour les enfant ou les adultes; passe par des soins chiropratiques au niveau cervical, des exercices posturaux; notamment pour corriger la raideur cervicale; et de la neurostimulation pour renforcer les nerfs périphériques et le nerf vague.

Questions fréquentes sur migraine et problèmes cervicaux

Les douleurs cervicales peuvent-elles provoquer des migraines ? Les études montrent une association forte entre douleurs cervicales et migraines. Et de plus en plus d’études suggèrent une causalité dans ce sens. Et le fait qu’en travaillant sur les problèmes cervicaux, comme on le fait dans notre cabinet, et que cela diminue fortement les symptômes migraineux, suggère aussi que les problèmes cervicaux, notamment les raideurs cervicales, ont une forte probabilité d’être à l’origine des migraines.

Pourquoi le cou fait-il mal pendant une crise de migraine ? La tête et le haut du cou partagent les mêmes voies nerveuses dans le tronc cérébral. Pendant une migraine, ce système devient plus sensible, ce qui explique pourquoi la douleur peut se ressentir aussi bien dans le cou que dans la tête.

Les enfants peuvent-ils aussi avoir des problèmes cervicaux liés à la migraine ? Oui. Cette étude montre que des enfants dès 6 ans présentent déjà plus de douleurs cervicales, moins de souplesse du cou et des muscles cervicaux plus sensibles lorsqu’ils sont migraineux, comparé aux enfants sans migraine.

Des exercices pour le cou peuvent-ils aider contre la migraine ? Des études cliniques suggèrent que des exercices spécifiques pour le cou, combinés à de l’exercice physique général, peuvent réduire la fréquence et l’intensité des migraines chez les enfants et les adolescents, mais cela doit toujours être encadré par un professionnel de santé.

En résumé

Cette étude apporte une preuve solide que les problèmes cervicaux ne sont pas un simple symptôme isolé chez les enfants migraineux, mais qu’ils font partie intégrante du tableau clinique de la migraine, dès le plus jeune âge. Douleur au cou plus fréquente et plus longue, mobilité réduite du haut du cou, muscles cervicaux hypersensibles : autant de signaux qui méritent d’être recherchés systématiquement chez l’enfant migraineux, pour mieux comprendre et mieux soulager cette maladie.


Références : 

Silva NVD, Bevilaqua-Grossi D, Pradela J, Dach F, Pinheiro-Araujo CF. Cervical musculoskeletal dysfunctions in pediatric migraine: A cross-sectional study. Cephalalgia. 2025 Oct;45(10):3331024251387033.

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Denis Alemi, chiropracteur à Paris 16 Doctor of Chiropractic
Denis Alemi est chiropracteur, diplômé Doctor of Chiropractic (D.C.) de la faculté Life Chiropractic West (Californie-Etats-Unis) en 1994 (conformément à l’article 19 du décret 2011-32). Il est diplômé de l’ordre de neurologie chiropratique américain – spécialisé en neurologie fonctionnelle (Diplomate of the American Chiropractic Neurology Board – DACNB) en 1997, titulaire d’un Fellowship de « American College of Functional Neurology » (FACFN), d’un Fellowship de « European Academy of Chiropractic » en neurologie » (FEAC) Il est membre de l ‘Association Française de Chiropraxie (ancien vice-président), membre de l’association médicale AMDPI (ancien membre du bureau), ancien enseignant à l’Institut Franco-Européen de la Chiropraxie (Paris). Il a fondé et est président de de l’Association Franco-Européenne de Neurologie Fonctionnelle. Il a été conférencier lors de séminaires et congrès en France et à l’international (World Federation of Chiropractic,...)
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